
Une femme d’action
L’engagement de Jeanne Nsoga au sein de la communauté Sawa est indissociable de sa posture de « sentinelle » des intérêts autochtones. Bien qu’elle ait longtemps évolué dans un parti à vocation nationale (le FSNC), son discours s’est de plus en plus recentré sur l’identité et les droits des peuples de la côte et du Littoral.
Voici les piliers de son action vis-à-vis de la communauté Sawa :
1. La défense du patrimoine foncier C’est le fer de lance de son combat actuel. Jeanne Nsoga est une protectrice des terres ancestrales Sawa (particulièrement dans le Moungo et les zones périphériques de Douala). Elle fustige ce qu’elle appelle l’occupation anarchique ou illégale des terres par des allogènes (personnes non originaires de la région). Elle appuie son discours sur le droit coutumier, estimant que le développement économique ne doit pas se faire au détriment de l’héritage foncier des populations autochtones.
2. Le concept d’autochtonie Dans ses prises de parole, elle utilise souvent le terme frère (compatriote) pour s’adresser à sa base. Son engagement est marqué par: L’éveil des consciences : Elle appelle les Sawa à sortir d’une certaine « léthargie » politique pour reprendre en main la gestion de leurs territoires. La préservation culturelle : Elle insiste sur le fait que l’identité Sawa est menacée par une dilution démographique et politique dans les grandes métropoles du Littoral.
3. Une figure clivante : « Héroïne » ou « Divisionniste » ? Son engagement au sein de la communauté suscite des réactions très contrastées : Côté Sawa : Une grande partie de la communauté la voit comme une femme courageuse qui ose dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas sur la perte d’influence des autochtones dans leurs propres régions. Côté détracteurs : Beaucoup l’accusent de repli identitaire ou de tribalisme. On lui reproche de fragiliser l’unité nationale en opposant les Camerounais selon leurs origines, ce qui a mené à son départ du FSNC en 2025.
4. Rapports avec les autorités traditionnelles Si elle est l’une des voix du peuple , ses relations avec les chefs traditionnels Sawa sont complexes. Elle agit souvent en dehors des structures classiques du des assemblées traditionnelles Sawa, adoptant un ton beaucoup plus politique et frontal que celui, généralement plus diplomatique, des chefs de cantons.
Jeanne Nsoga a transformé son engagement politique en une forme de militantisme identitaire Sawa. Elle ne se contente plus de faire de la politique partisane, mais devient l’une des figures de proue d’une revendication territoriale et culturelle spécifique aux peuples du Littoral camerounais.
Le coeur de son discours Le cœur du discours de Jeanne Nsoga souligne une tension historique majeure au Cameroun, où le droit « moderne » (fondé sur l’achat ou l’occupation) se heurte violemment au droit « ancestral » (fondé sur le lignage et l’antériorité).
1. Le cas du Moungo : Un traumatisme historique
Le département du Moungo est en effet le laboratoire de cette crise. Jeanne Nsoga et ses partisans rappellent souvent que :
L’épisode de l’UPC : Pendant la lutte pour l’indépendance (années 1950-1960), les troubles sécuritaires et les déplacements de populations ont favorisé l’installation durable de communautés venues d’ailleurs, notamment des hauts-plateaux .
Le basculement démographique : Ce qui était au départ un accueil ou une occupation de nécessité est devenu, avec le temps, une domination démographique et économique, transformant les autochtones Sawa en minorité sur leurs propres terres.
2. Le « poids du nombre » contre la « légitimité du sol »
L’argument sur la prévarication basée sur le nombre est central dans la rhétorique actuelle au Cameroun.
Démocratie contre Autochtonie pourraient être tenté de dire. Dans un système électoral, le nombre fait la loi. Les communautés Sawa craignent de perdre tout pouvoir politique local (mairies, députation) si les populations installées (allogènes) votent massivement pour les leurs.
Le sentiment d’étouffement . Pour Jeanne Nsoga et une majorité de la communauté Sawa, la solidarité communautaire des groupes arrivants, si elle n’est pas encadrée par des lois fermes et précises sur la préservation des droits des minorités, peut devenir une machine de guerre économique qui finirait par racheter systématiquement les parcelles, rendant les Sawa « étrangers chez eux ».
3. La radicalisation du discours de Jeanne Nsoga
C’est précisément parce qu’elle estime que les institutions classiques (justice, administration) ont échoué à protéger le patrimoine Sawa qu’elle a durci le ton en 2025:
Elle refuse le terme de « vivre-ensemble » s’il signifie, selon elle, la spoliation silencieuse.
Elle appelle à une révision des titres fonciers et à une reconnaissance prioritaire des droits des natifs.
Un débat de fond pour le Cameroun car il touche à l’article premier de la Constitution camerounaise qui garantit le droit de tout citoyen de s’installer n’importe où, tout en affirmant la protection des minorités et des autochtones.
Pour cette femme engagée, point de dilemme . Il faut protéger par une législation clair, les droits fonciers historiques des Sawa sans basculer dans une remise en cause de l’unité nationale et de la libre circulation des citoyens .
Jean Richard Mody Ndoumbé





