Bimbia

L’histoire du site de Bimbia est l’un des chapitres les plus poignants de l’histoire du Cameroun et des peuples Sawa. Situé dans l’arrondissement de Limbé III (Sud-Ouest), ce site est un vestige majeur de la traite transatlantique.
​Voici les points clés de son histoire :


​1. Un port négrier majeur (XVIIe – XIXe siècle)

​Bimbia n’était pas seulement un village de pêcheurs, mais l’un des points de sortie les plus importants pour les esclaves sur la côte camerounaise, après Douala. On estime qu’il a représenté environ 10 % du trafic négrier dans la région du Golfe de Guinée.
​Les captifs provenaient majoritairement de l’arrière-pays et étaient vendus à des marchands européens (Portugais, Espagnols, Anglais, Néerlandais).
​Entre 1784 et 1835, des navires partaient de Bimbia vers des destinations comme la Jamaïque, Cuba, le Brésil ou la Guyane.


​2. Le rôle des Isubu (Peuple Sawa)
​La localité était habitée par les Isubu, une communauté Sawa. Sous le règne de chefs influents comme le King William (Bile ma Mbela), Bimbia est devenue une puissance commerciale. À cette époque, le commerce n’était pas seulement humain : on y échangeait aussi de l’ivoire et de l’huile de palme contre des miroirs, des tissus, de l’alcool ou des armes.


​3. Les vestiges du « Port de non-retour »
​Redécouvert officiellement en 1987, le site conserve des traces tangibles de cette tragédie :
La prison des esclaves : Des ruines de bâtiments en briques où les captifs étaient entassés.
Les chaînes et carcans : Des objets métalliques servant à entraver les hommes sont encore visibles sur place.
​L’auge (mangeoire) : Un long bac en béton où les esclaves étaient nourris comme du bétail.
​Nicholls Island : Une petite île au large où les captifs étaient transférés pour attendre les grands navires, car l’eau y était plus profonde.

Nicholls Island


​4. Un lieu de mémoire et de réconciliation
​Aujourd’hui, Bimbia est classé Patrimoine National par l’État du Cameroun (depuis 2013) et est candidat à une inscription au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.


​Tourisme de mémoire : Le site attire de nombreux Afro-Américains et membres de la diaspora en quête de leurs racines (certains tests ADN ayant confirmé des origines Isubu ou Sawa).

​C’est un lieu sacré, à la fois sombre par son passé et lumineux par sa capacité à reconnecter les peuples Sawa du monde entier à leur terre d’origine.

Jean Richard Mody Ndoumbé