
Le constat est implacable et très juste. Nous assistons de plus en plus à un glissement de l’autorité qui repose sur le respect et le consentement, vers le pouvoir autoritaire qui repose sur la contrainte et le titre administratif.
Ce cocktail de mépris, de verticalité absolue et d’absence de dialogue n’est pas seulement un problème de style, c’est le catalyseur de la disparition de l’autorité traditionnelle Sawa. Et, cette dérive mène droit à l’effondrement du système :
1. La rupture du « Contrat Social » Coutumier
Traditionnellement, le chef Sawa n’était pas un dictateur, mais le « premier parmi ses pairs ». Son autorité était tempérée par des contre-pouvoirs (conseils de notables, sociétés secrètes, assemblées de village).
Le mépris comme poison : Lorsqu’un chef abuse de sa position pour humilier sa population, il brise le lien sacré de « paternité » qui le lie au groupe.
La conséquence : La population ne se sent plus « sujet » d’une tradition, mais « victime » d’un individu. Le respect se transforme en rancœur.
2. Le risque du « Syndrome de la Coquille Vide »
En s’appuyant uniquement sur la verticalité du pouvoir, souvent garantie par l’administration centrale, le chef devient un étranger sur ses propres terres.
Si le chef n’écoute pas, il ne sait plus ce qui se passe.
S’il n’est plus le recours moral, il devient inutile.
Le résultat : On assiste à une désacralisation. Le peuple continue de faire les courbettes d’usage lors des cérémonies officielles, mais ne suit plus aucune consigne en privé. L’autorité devient une mise en scène théâtrale sans substance.
3. La concurrence des nouveaux leaders (L’élite de substitution)
Le vide créé par l’arrogance de certains chefs est immédiatement comblé. Puisque les problèmes des gens : spoliation des terres, chômage, insécurité, ne trouvent pas de solution chez le chef :
La jeunesse se tourne vers des « Justiciers sociaux » (activistes, influenceurs, leaders religieux ou même chefs de gangs) qui, eux, parlent leur langage et semblent les défendre.
Ce sont ces nouveaux acteurs qui deviennent l’élite « réelle », tandis que le chef traditionnel ne garde que le prestige de la canne et du trône, sans aucun pouvoir de mobilisation.
4. Vers une disparition pure et simple ?
Si la verticalité sans concession persiste, le système traditionnel Sawa risque de subir deux types de morts :
La mort par folklore : Le chef devient une simple attraction touristique ou un décorum pour les défilés du 20 mai, sans aucun poids politique réel.
La mort par révolte : Un jour, la base (notamment la jeunesse) finit par contester violemment la légitimité foncière ou morale du chef, menant à des crises de succession interminables qui finissent d’achever l’unité du peuple.
5. Comment inverser la vapeur ?
Pour éviter cette disparition, l’élite politique (même celle qui n’est pas « instruite » mais qui est sage) doit imposer une démocratisation de la coutume.
Restaurer les instances de palabre : Recréer des espaces où le chef est obligé d’écouter les critiques sans représailles.
La redevabilité sociale : Le chef doit prouver son utilité. S’il ne peut pas arrêter « l’invasion » ou l’oppression, il doit au moins organiser la résilience.
L’humilité stratégique : Dans un monde moderne où l’information circule vite, le mépris est une erreur tactique. Un leader respecté est celui qui se fait « serviteur » de sa communauté pour mieux la diriger.
En un mot, si l’autorité traditionnelle ne s’adapte pas en devenant plus inclusive et protectrice, elle sera broyée entre une administration qui l’utilise et une population qui la rejette.
Jean Richard Mody Ndoumbé




