Par Jean Richard Mody Ndoumbé
Si Manu Dibango a mondialisé le genre, Emmanuel « Nelle » Eyoum en est véritablement l’architecte originel. Il est celui qui a su transformer les rythmes folkloriques du littoral en une musique urbaine et moderne.
Voici l’histoire de celui que l’on surnomme le « Père du Makossa ».
1. La genèse De l’Ambas-bey au Makossa
Dans les années 1950, la scène musicale de Douala est dominée par l’Ambas-bey, une danse de réjouissance populaire. Nelle Eyoum, guitariste et chef d’orchestre talentueux, commence à expérimenter autour de ce rythme.
Le mot « Makossa » vient d’ailleurs du verbe douala kossa, qui signifie « enlever » ou « déshabiller » (dans le sens de bouger avec énergie). Nelle Eyoum a été le premier à structurer ce rythme en y intégrant la guitare électrique , en remplaçant les instruments acoustiques par des sonorités plus modernes.
Les cuivres : Pour donner une ampleur orchestrale.
Le tempo : Il a accéléré la cadence de l’Ambas-bey pour en faire une musique de club, dansable et entraînante.
2. Le titre fondateur : « N’asenguédi »
Bien que Nelle Eyoum ait composé de nombreux morceaux, c’est son style de jeu et sa capacité à fédérer les musiciens qui ont marqué l’histoire. Il fonde l’orchestre « Los Calvinos », une pépinière de talents où passeront les futurs grands noms de la musique camerounaise.
C’est avec lui que le terme « Makossa » commence à être utilisé de manière formelle pour désigner ce nouveau style urbain propre aux Sawa.
3. Son influence et son héritage
Nelle Eyoum n’était pas seulement un musicien ; il était un théoricien du rythme. Son influence se décline sur trois niveaux :
L’identité sonore : Il a instauré cette ligne de basse « ronflante » et ce jeu de guitare « cliqueté » qui sont devenus la marque de fabrique du Makossa des années 70 et 80.
La transmission : Il a été le mentor de figures comme Manu Dibango, qui a souvent reconnu l’importance de Nelle Eyoum dans la structuration du rythme qu’il allait plus tard populariser avec Soul Makossa.
La fierté Sawa : En chantant principalement en langue douala avec une poésie profonde, il a permis aux populations côtières de voir leur culture s’imposer dans les bars et les radios de tout le pays.
Pourquoi est-il parfois moins cité que les autres ?
Nelle Eyoum était un puriste. Contrairement à certains de ses successeurs qui se sont installés en Europe pour faire carrière, il est resté très ancré localement. Sa contribution est celle d’un fondateur, celui qui a posé les fondations de la maison dans laquelle les autres ont pu danser.
Si sans l’audace de Nelle Eyoum pour électrifier les traditions Sawa, le Makossa ne serait probablement jamais devenu ce pilier de la musique africaine moderne, il ne faut surtout pas négliger l’apport des artistes comme Lobé Lobé Rameau, Delangué ou encore Epata


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