Renaissance culturelle Sawa

Le faux espoir.

Il est important ici de rappeler que le cœur du sujet n’est pas “la religion est mauvaise”.
Le cœur du sujet est : peut-on réellement faire renaître une culture quand l’imaginaire spirituel qui la structurait a été remplacé ?
C’est une question identitaire, psychologique, historique et civilisationnelle à laquelle le peuple Sawa est confronté.

Notre préoccupation porte sur une serie de questionnement dont les plus importants sont: Le faux espoir de la renaissance sawa est-il une fatalité ?
Peut-on ressusciter une culture qu’on n’habite plus ?
Ngondo ou folklore ?
Les Sawa entre mémoire et rupture

Au fil de ce travail de fond la contradiction sawa sera alors pour nous tous , une évidence: Nous célébrons désormais nos traditions sans y croire véritablement une seule seconde.

Nous voulons retrouver notre culture, nos rites, notre identité cultuelle et nos traditions.
Mais ce besoin de renaissance reste largement symbolique, en dehors de la nécessaire déconstruction, parce que la structure spirituelle et mentale traditionnelle a été remplacée par des religions importées, principalement le christianisme.
On veut sauver les formes culturelles et cultuelles sans accepter le monde de pensée qui leur donnait sens.

Prenons l’exemple le plus parlant : Le Ngondo.
“Au Ngondo, on invoque les ancêtres le matin…
puis l’après-midi, un pasteur ouvre la cérémonie avec une prière demandant à Dieu de nous protéger contre ces mêmes pratiques ancestrales.”

La culture S awa ne se résumait pas aux danses, aux tenues, aux chants.Mais formait un système complet qui passait de la relation aux ancêtres, aux rites de passage, à la vision du monde, au rapport avec le sacré lié à l’eau, au rôle du Ngondo, aux interdits, aux médiations spirituelles et à l’organisation sociale.

Une culture n’est pas un décor. C’est une manière de comprendre le réel. Et le Ngondo comme symbole de cette mémoire.

LE POINT DE RUPTURE : LA COLONISATION SPIRITUELLE Elle n’a pas seulement pris des terres, elle a remplacé les imaginaires. Le christianisme a souvent présenté: Les rites ancestraux comme diaboliques, Les médiateurs traditionnels comme païens, Les pratiques spirituelles locales comme incompatibles avec le salut. Conséquence : Beaucoup de Sawa ont fini par avoir honte de leurs propres fondations culturelles.

Le problème commence quand une religion importée exige l’effacement de la mémoire culturelle locale.

LA CONTRADICTION MODERNE. Pour mieux l’illustrer, restons sur l’exmple du Ngondo qu’on célèbre en grande pompe tout en refusant sa reelle dimension spirituelle.On parle des ancêtres mais on les considère comme démoniaques à l’église. On veut transmettre les traditions mais on interdit aux enfants d’en comprendre le sens. On garde les habits, la nourriture, les danses… mais on rejette la cosmologie.

Nous voulons l’identité culturelle sans le coût spirituel de cette identité. Nous avons transformé nos traditions en spectacle pour éviter qu’elles restent une croyance.

LE “FAUX ESPOIR”

Pourquoi cette renaissance est-elle peut-être impossible dans sa forme actuelle ? Parce qu’une culture ne survit pas uniquement par les festivals, les vêtements et les slogans identitaires. Elle survit quand les valeurs, les symboles, les représentations du monde, les rapports au sacré, restent vivants. Sinon, la culture devient du patrimoine touristique.

Peut-on créer une synthèse nouvelle ?Peut-on être chrétien Sawa sans mépriser les fondations culturelles Sawa ? Une renaissance culturelle est-elle possible sans réconciliation avec notre mémoire spirituelle ?

Un peuple ne disparaît pas seulement quand il perd sa langue. Il disparaît quand il finit par regarder son propre passé avec les yeux des autres. Le vrai danger pour les Sawa n’est peut-être pas l’oubli de leurs traditions. Le vrai danger pour les Sawa c’est peut-être de croire qu’on peut sauver sa culture sans croire en ce qu’elle signifiait.

Nous voulons renaître culturellement mais avons-nous encore les fondations ? Pouvons-nous sauver une culture sans son âme ? Si notre but est une vraie renaissance culturelle et cultuelles, nous ne devons en aucun cas faire l’économie de la pédagogie. Notre force ne viendra pas d’un ton provocateur. Elle viendra de notre capacité à exposer calmement une contradiction que tout le monde voit… mais que peu osent formuler clairement.

    Jean Richard NDOUMBE