
Sa Majesté Moukete Ngoh Magellan est le chef supérieur du canton Balong, chefferie traditionnelle de 1er degré basée dans l’arrondissement de Mbanga, au sein du département du Moungo.
1. Un règne axé sur l’intégration et le vivre-ensemble
Le canton Balong, et en particulier la ville de Mbanga, est une zone cosmopolite et un carrefour agricole majeur. Le règne de S.M Moukete Ngoh Magellan est fortement marqué par la gestion de la cohabitation entre les populations autochtones Sawa (les Balong) et les nombreuses communautés d’immigrés notamment les Grassfields et les Bamoun venues pour l’activité économique (plantations de bananes, commerce).
Il collabore régulièrement avec d’autres souverains du pays — comme lors de la visite officielle du Sultan Roi des Bamoun à Mbanga — pour garantir une intégration pacifique de ces communautés.
2. La préservation de l’identité Sawa
En tant que gardien de la tradition Balong, le chef supérieur joue un rôle de relais essentiel au sein des institutions Sawa, notamment lors des préparatifs ou des assemblées liées au Ngondo (la grande fête traditionnelle et rituelle des peuples côtiers)
.
Son autorité vise à maintenir les coutumes et les droits fonciers ancestraux face à l’urbanisation et à la forte pression démographique que subit le Moungo.
3. Les épreuves politiques et sociales (2008).
Le règne de Sa Majesté Moukete Ngoh Magellan a également été traversé par des périodes de fortes tensions sociales. Son nom reste notamment associé aux événements entourant les émeutes de la faim en février 2008. À cette époque, la ville de Mbanga avait été le théâtre de pillages et de destructions ciblées (notamment contre les infrastructures locales et les plantations). Dans le cadre des procédures judiciaires qui ont suivi, le chef supérieur avait été appelé à témoigner à la barre contre certaines figures locales, dont l’artiste musicien engagé Lapiro de Mbanga. Ce positionnement aligné sur le maintien de l’ordre public et les autorités administratives lui a valu, à l’époque, autant de soutiens pour la préservation de la paix locale que de vives critiques de la part des contestataires politiques.
Son règne est celui d’un chef traditionnel de premier plan qui navigue constamment entre son rôle de gardien des coutumes de la côte, les exigences de l’administration publique camerounaise (dont les chefs sont des auxiliaires) et la complexité d’un territoire agricole très diversifié et parfois prompt aux secousses sociales.
Jean Richard NDOUMBE



